L’Éthiopie, devenue en quelques années l’un des hubs mondiaux du minage de Bitcoin, vient d’infliger un coup brutal à ses opérateurs : une réduction de 77% de l’alimentation électrique allouée aux mineurs de cryptomonnaies.
Derrière cette décision radicale, une réalité climatique implacable : les réservoirs hydroélectriques du pays s’assèchent, forçant l’État à arbitrer entre ses priorités énergétiques. Les ménages et les industriels passent avant les data centers de minage.
Un tournant qui interroge sur la durabilité du modèle éthiopien — et plus largement sur la dépendance du secteur minier aux énergies renouvelables intermittentes.
Un secteur minier en plein essor… brutalement freiné
L’Éthiopie s’était imposée comme une destination de choix pour les mineurs Bitcoin grâce à son électricité parmi les moins chères du continent, alimentée à plus de 90% par l’hydroélectricité du barrage de la Renaissance (GERD). En 2024, les mineurs de Bitcoin représentaient 35% des revenus de l’Ethiopian Electric Power (EEP), le producteur d’énergie public. Un chiffre qui illustre à quel point le pays avait misé sur cette industrie pour générer des devises étrangères.
Mais la saison sèche 2024-2025 a bouleversé cet équilibre. La baisse des précipitations a entraîné une chute significative des niveaux des réservoirs, réduisant la capacité de production hydroélectrique disponible. Face à ce déficit, l’EEP a appliqué une logique de triage énergétique : les ménages et les secteurs industriels vitaux ont été prioritaires, reléguant les opérations de minage au second plan.
Concrètement, les fermes de minage opérant en Éthiopie ont vu leur allocation électrique amputée de 77% — une coupe qui rend toute opération rentable quasiment impossible à court terme. Pour les grands opérateurs ayant investi des dizaines de millions de dollars en infrastructure, le choc est considérable.
Le risque systémique de l’hydroélectricité pour le minage
Cette situation éthiopienne met en lumière une vulnérabilité structurelle souvent sous-estimée dans le secteur du minage : la dépendance à des sources d’énergie renouvelable non pilotables. L’hydroélectricité, contrairement au solaire ou à l’éolien dans une moindre mesure, est directement conditionnée par les aléas climatiques — précipitations, fonte des neiges, gestion des bassins versants. Une sécheresse prolongée peut effacer en quelques semaines l’avantage compétitif d’une région entière.
Le cas éthiopien n’est pas isolé. Le Kazakhstan avait déjà connu des restrictions similaires en 2022 suite à une surcharge du réseau électrique après l’afflux massif de mineurs post-ban chinois. La différence ici : c’est la nature elle-même qui impose le rationnement, et non une décision purement politique. Cela rend la situation d’autant plus imprévisible pour les opérateurs.
Pour le hashrate global de Bitcoin, l’impact reste à quantifier précisément. L’Éthiopie représentait une part croissante mais encore minoritaire de la puissance de calcul mondiale. La difficulté du réseau s’ajuste automatiquement à la baisse du hashrate, ce qui protège mécaniquement la sécurité du protocole. En revanche, les opérateurs locaux devront soit migrer leurs équipements vers d’autres juridictions, soit attendre le retour des pluies et la remontée des réservoirs — une perspective incertaine dans un contexte de dérèglement climatique.
Quelles conséquences pour l’attractivité de l’Éthiopie ?
Au-delà de la crise immédiate, cette décision soulève une question stratégique pour Addis-Abeba : comment maintenir l’attractivité du pays pour les investisseurs en minage Bitcoin tout en garantissant la stabilité énergétique nationale ? L’Éthiopie avait officiellement encadré le minage de Bitcoin en 2022, délivrant des licences et intégrant le secteur dans sa stratégie de développement économique. Les revenus en dollars générés par les mineurs étaient devenus une source précieuse de devises dans un pays sous pression monétaire.
La coupure de 77% risque de fragiliser la confiance des investisseurs internationaux et d’accélérer la délocalisation des opérations vers des pays offrant une plus grande stabilité d’approvisionnement — qu’il s’agisse des États-Unis, des Émirats arabes unis ou de certains pays d’Amérique latine disposant d’un mix énergétique plus diversifié.
À plus long terme, l’épisode illustre l’impératif pour les États accueillant des opérations de minage de construire des contrats énergétiques avec des clauses d’interruptibilité claires — permettant de réduire l’alimentation des mineurs en cas de tension sur le réseau, sans pour autant les exclure totalement. Un modèle que certains États américains ont déjà adopté, transformant les mineurs en régulateurs flexibles de la demande électrique.
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