Mis à jour le 14/07/2026 à 20:29 par Simon Dumoulin
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Un softfork Bitcoin fait polémique dans la communauté des développeurs et des utilisateurs du réseau. Baptisé BIP110, il prétend nettoyer la blockchain en éliminant les transactions jugées « non monétaires ». Mais derrière cette ambition de purification technique se cache une logique bien plus problématique.
Brandon Black, développeur Bitcoin reconnu, monte au créneau dans les colonnes de Bitcoin Magazine pour démontrer pourquoi cette proposition est non seulement contestable sur le fond, mais aussi dangereuse pour les principes fondateurs du réseau.
Entre activation accélérée, seuil d’approbation abaissé et logique de censure déguisée en optimisation technique, BIP110 concentre à lui seul toutes les tensions qui traversent l’écosystème Bitcoin en 2025.
BIP110 : une proposition qui redéfinit — dangereusement — ce qu’est une transaction légitime
Le BIP110, aussi appelé Reduced Data Temporary Softfork, part d’un constat simple : certaines transactions Bitcoin embarquent dans leurs scripts des données interprétables de plusieurs façons simultanément — au-delà de leur simple lecture en Bitcoin Script. Pour ses partisans, cela constitue une violation des principes du réseau, suffisante pour justifier une restriction d’accès.
Le problème, c’est que cette logique introduit une distinction inédite et arbitraire entre transactions « monétaires » et transactions « non monétaires ». Or, aucune telle distinction n’existe dans le protocole Bitcoin. Chaque transaction, qu’elle transfère des satoshis ou inscrive des données via Ordinals, fonctionne exactement de la même manière : elle satisfait les conditions d’un script de verrouillage, consomme des inputs et génère des outputs. La taille du script ne change rien à la validité de l’opération.
Ce que BIP110 propose en réalité, c’est d’instaurer une forme de contrôle éditorial sur le contenu des transactions — une première dans l’histoire du protocole. Et ce, avec un calendrier de déploiement bien plus rapide que les deux derniers softforks majeurs, et un seuil d’activation abaissé, ce qui réduit mécaniquement le niveau de consensus requis.
Censure résistante ou réseau censuré ? Le paradoxe au cœur de Bitcoin
Bitcoin a été conçu comme un registre ouvert et résistant à la censure. N’importe qui peut y inscrire une transaction, à condition de payer des frais suffisants pour convaincre les mineurs de l’inclure dans un bloc. C’est précisément cette propriété qui différencie Bitcoin d’un simple tableau de scores de bowling, pour reprendre la métaphore de Brandon Black.
Accepter BIP110, c’est accepter que des tiers — développeurs, mineurs, ou majorité de nœuds — puissent décider quelles transactions méritent d’exister sur la chaîne. Ce précédent est lourd de conséquences : si l’on peut exclure les Ordinals aujourd’hui au nom de la « pureté monétaire », rien n’empêche d’appliquer la même logique demain à d’autres cas d’usage jugés indésirables.
L’analogie avec la liberté d’expression est ici pertinente : un droit de censure résistante n’a de valeur que s’il s’applique aussi aux transactions que l’on désapprouve. Un Bitcoin qui ne protège que les transactions « approuvées » par une majorité n’est plus un Bitcoin neutre — c’est un registre sous contrôle. Et du point de vue de la validation des nœuds, les transactions Ordinals ou OP_RETURN ne sont ni plus ni moins coûteuses à traiter qu’un multisig complexe : elles sont simplement valides ou invalides.
Pourquoi BIP110 est déjà en train d’échouer — et ce que cela révèle sur Bitcoin
Au-delà des arguments techniques, c’est la dynamique sociale autour de BIP110 qui révèle ses failles. La proposition peine à rassembler un consensus suffisant dans la communauté des développeurs Bitcoin Core, et les critiques émanent de profils très différents — des maximalistes aux développeurs d’applications on-chain. Ce manque de cohésion est en lui-même un signal fort.
Bitcoin a toujours évolué lentement, délibérément, avec des softforks construits sur des années de discussion et de tests. Taproot, activé en novembre 2021, a nécessité plusieurs années de travail et un seuil d’activation élevé. BIP110 cherche à court-circuiter ce processus, ce qui constitue en soi une rupture avec la culture de gouvernance du protocole.
L’échec annoncé de BIP110 n’est pas une victoire des Ordinals ou des inscriptions on-chain — c’est une confirmation que Bitcoin résiste aux tentatives de redéfinition unilatérale de ses règles fondamentales. La vraie question que cette controverse pose est plus profonde : jusqu’où la communauté est-elle prête à aller pour « protéger » un réseau dont la force réside précisément dans son absence de gardiens ?
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