Mis à jour le 03/08/2026 à 19:32 par Hugo Le follézou
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Le Crypto Clarity Act, texte fondamental pour la régulation des actifs numériques aux États-Unis, se retrouve à nouveau dans l’impasse. Alors que le Sénat s’apprête à entrer en pause estivale de cinq semaines dès jeudi ou vendredi, les législateurs semblent prioriser d’autres dossiers. Entre blocages politiques, lobbying bancaire et conflits d’intérêts autour de Trump, le chemin vers une loi crypto reste semé d’embûches.
Un calendrier législatif qui tourne au cauchemar pour l’industrie crypto
Le Crypto Clarity Act avait pourtant suscité un regain d’optimisme la semaine dernière. Des acteurs majeurs comme Coinbase, ainsi que des institutions financières de premier plan telles que Fidelity et Goldman Sachs, ont affiché leur soutien au texte dans sa forme actuelle. Des organisations de forces de l’ordre ont également apporté leur caution. Mais l’enthousiasme de l’industrie se heurte à la réalité du calendrier parlementaire américain.
Adopté l’an dernier par la Chambre des représentants avec un soutien bipartisan, le texte est en deadlock au Sénat depuis le début de l’année 2025. La sénatrice démocrate Elizabeth Warren a déclaré dans un rapport de Punchbowl News que « de plus en plus de sénateurs commencent à remettre en question l’invincibilité électorale de la crypto » — une formulation qui illustre le durcissement du camp démocrate sur ce dossier.
Du côté républicain, la sénatrice Cynthia Lummis a vivement critiqué ses collègues démocrates, les accusant de bloquer délibérément un texte qui bénéficie pourtant d’un soutien transpartisan. Warren, de son côté, maintient que la loi permettrait aux criminels et aux cartels de blanchir de l’argent, et qu’elle enrichirait davantage le président Trump — malgré une clause explicite interdisant aux officiels gouvernementaux de promouvoir des cryptomonnaies.
Lobbying bancaire, meme coins et éthique : les trois nœuds du blocage
Derrière les joutes politiques, trois obstacles concrets freinent l’avancement du Crypto Clarity Act. Le premier est le lobbying du secteur bancaire traditionnel : les banques s’inquiètent des rendements sur les stablecoins proposés par les exchanges crypto, craignant une fuite de leurs dépôts si ces plateformes offrent des taux attractifs à leurs clients — une problématique directement liée à la compétitivité du staking yield dans l’écosystème DeFi.
Le deuxième point de friction concerne les conflits d’intérêts autour de Donald Trump. Plusieurs législateurs pointent du doigt les revenus générés par la famille Trump via des meme coins et le protocole DeFi World Liberty Financial. Ces éléments alimentent une méfiance structurelle chez une partie des démocrates, qui voient dans le texte un vecteur d’enrichissement personnel pour le président en exercice.
Pour tenter de dénouer ces blocages, un nouveau projet de rédaction a commencé à circuler en juillet, introduisant un langage éthique renforcé : il interdirait aux officiels gouvernementaux et à leurs familles d’émettre ou de promouvoir des cryptomonnaies. Kristin Smith, présidente de la Solana Institution et ancienne CEO de la Blockchain Association, a confirmé lundi sur X que le travail bipartisan se poursuivait, avec les sénateurs Thom Tillis (républicain) et Ruben Gallego (démocrate) collaborant activement à la rédaction de ce nouveau volet éthique.
L’industrie reste mobilisée malgré l’incertitude réglementaire
Malgré les turbulences législatives, les acteurs de l’industrie maintiennent une posture offensive. Faryar Shirzad, Chief Policy Officer de Coinbase, a salué la semaine dernière le travail accompli par les deux partis pour co-construire ce texte. La plateforme, qui participe activement aux négociations avec les législateurs, adopte un ton délibérément optimiste — une stratégie de communication visant à maintenir la pression sur le Sénat avant la pause estivale.
L’enjeu est considérable : le Crypto Clarity Act doit définir un cadre réglementaire clair pour les actifs numériques aux États-Unis, précisant notamment quels tokens relèvent de la compétence de la SEC ou de la CFTC. En l’absence de ce texte, l’incertitude juridique continue de peser sur les décisions d’investissement institutionnel et sur la compétitivité des États-Unis face à d’autres juridictions comme l’Union européenne, qui a déjà adopté MiCA.
Si le Sénat entre en recess sans vote, le dossier sera renvoyé à septembre au plus tôt — avec le risque que de nouvelles négociations repartent de zéro. Pour l’industrie crypto, chaque semaine de retard représente une fenêtre d’incertitude supplémentaire dans un marché qui attend depuis des années un signal réglementaire clair de Washington.
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