Un fondateur de marketplace NFT au cœur d’une affaire de fraude massive. Les autorités fédérales américaines l’accusent d’avoir levé 10 millions de dollars auprès d’investisseurs sous couvert de construire une plateforme Web3 — avant de tout dépenser pour lui-même.
Entre casinos en ligne, positions de trading perdantes et équipements de DJ, l’argent s’est évaporé. Une affaire qui illustre, une fois de plus, les dérives d’un secteur encore insuffisamment régulé.
Voici ce que l’on sait sur l’une des fraudes NFT les plus spectaculaires de ces derniers mois.
Few and Far : la promesse Web3 qui cachait une escroquerie
La marketplace NFT Few and Far se présentait comme une plateforme innovante destinée à démocratiser l’accès aux actifs numériques. Son fondateur a réussi à convaincre des investisseurs de miser sur le projet, levant au total 10 millions de dollars en plusieurs rounds de financement.
Selon l’acte d’accusation déposé par les procureurs fédéraux américains, ces fonds n’ont jamais servi à développer la plateforme promise. Au lieu de financer l’infrastructure technique, les équipes de développement ou les opérations commerciales, l’argent a été redirigé vers des dépenses strictement personnelles, sans aucun lien avec l’activité déclarée de l’entreprise.
Ce type de montage — lever des fonds via un projet crypto ou NFT crédible, puis détourner les capitaux — est devenu l’un des schémas frauduleux les plus documentés dans l’espace Web3. Les régulateurs américains, notamment la SEC et le DOJ, ont considérablement intensifié leurs poursuites dans ce domaine depuis 2023.
Les procureurs détaillent trois postes de dépenses principaux dans lesquels les fonds des investisseurs ont été engloutis. En premier lieu, le jeu en ligne : des sommes considérables auraient été misées sur des plateformes de gambling, sans retour sur investissement. Une pratique particulièrement risquée, surtout avec de l’argent qui ne lui appartenait pas.
Deuxième poste : le trading spéculatif. Le fondateur aurait utilisé une partie des fonds pour prendre des positions sur les marchés crypto, dans un contexte de forte volatilité. Ces trades se seraient soldés par des pertes significatives, accentuant l’hémorragie financière du projet.
Troisième dépense, sans doute la plus symbolique : le financement d’une carrière de DJ. Matériel audio, cachets, événements — des dépenses sans aucun rapport avec la roadmap NFT présentée aux investisseurs. Cette révélation a particulièrement marqué les observateurs du secteur, tant elle illustre le décalage entre le discours tenu aux financeurs et la réalité des flux financiers.
Un signal d’alarme de plus pour les investisseurs NFT
Cette affaire s’inscrit dans une série de poursuites fédérales visant des acteurs de l’écosystème NFT et Web3. Depuis l’effondrement du marché NFT en 2022 — les volumes sur OpenSea ont chuté de plus de 95 % par rapport aux pics de 2021 — les cas de fraude post-levée se sont multipliés, exposant des projets dont la viabilité reposait uniquement sur la spéculation et la confiance des early investors.
Pour les investisseurs, cette affaire rappelle plusieurs règles fondamentales de due diligence : vérifier l’identité réelle des fondateurs, exiger une transparence totale sur l’utilisation des fonds, et se méfier des projets dont la valorisation repose exclusivement sur du storytelling sans livraison technique vérifiable.
Du côté réglementaire, les autorités américaines envoient un message clair : le secteur crypto n’est plus une zone de non-droit. Les poursuites pour fraude électronique et détournement de fonds s’appliquent pleinement aux fondateurs de projets Web3, quelle que soit la complexité technologique mise en avant pour brouiller les pistes.
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