La Fed veut utiliser les stablecoins pour étendre l’influence du dollar dans le monde
Le gouverneur de la Fed Christopher Waller voit dans les stablecoins un levier puissant pour étendre la politique monétaire américaine à l'échelle mondiale.
Un haut responsable de la Réserve fédérale américaine vient de franchir un cap rhétorique important : les stablecoins ne sont plus perçus comme une menace, mais comme un outil stratégique de projection monétaire.
Christopher Waller, gouverneur de la Fed, a pris la parole en Croatie pour défendre une vision inédite : celle d’un dollar numérique privé, adossé à des stablecoins, capable de diffuser la politique monétaire américaine bien au-delà des frontières traditionnelles.
Une déclaration qui intervient au moment précis où le Congrès américain débat du CLARITY Act, un texte législatif susceptible de redéfinir le cadre réglementaire des cryptoactifs aux États-Unis.
Waller : les stablecoins comme courroie de transmission de la politique monétaire américaine
Lors de son intervention en Croatie, Christopher Waller a comparé l’adoption des stablecoins en dollars à un mécanisme de dollarisation informelle à l’échelle mondiale. Dans les pays où la population adopte massivement des stablecoins adossés au dollar — comme l’USDT ou l’USDC — la politique monétaire de la Fed se transmet de facto à ces économies, même sans accord bilatéral.
Ce raisonnement n’est pas anodin. Il signifie que chaque dollar numérique en circulation à l’étranger renforce mécaniquement la demande de bons du Trésor américains, puisque les émetteurs de stablecoins sont tenus de détenir des réserves en actifs libellés en dollars. Tether détenait à lui seul plus de 90 milliards de dollars en T-bills américains fin 2024, selon ses propres attestations de réserves — ce qui en ferait l’un des plus grands détenteurs mondiaux de dette américaine à court terme.
Pour Waller, ce mécanisme représente une opportunité géopolitique majeure : étendre l’empreinte du dollar sans passer par les canaux traditionnels de la diplomatie financière, ni par un CBDC (monnaie numérique de banque centrale) que la Fed a toujours regardé avec prudence.
Le CLARITY Act : le cadre législatif qui pourrait tout changer
Les déclarations de Waller s’inscrivent dans un contexte législatif en pleine effervescence. Le CLARITY Act, actuellement en discussion au Congrès, vise à clarifier la frontière entre les actifs numériques relevant de la compétence de la SEC (valeurs mobilières) et ceux relevant de la CFTC (matières premières). Un flou juridique qui paralyse depuis des années l’industrie crypto américaine.
Si ce texte est adopté, il pourrait offrir aux émetteurs de stablecoins un cadre réglementaire stable et prévisible — condition sine qua non pour que des acteurs institutionnels s’engagent massivement dans ce segment. Des projets comme le stablecoin de PayPal (PYUSD) ou les ambitions déclarées de grandes banques américaines dans ce domaine pourraient alors accélérer significativement.
La convergence entre la vision stratégique de Waller et l’agenda législatif du Congrès dessine un scénario cohérent : les États-Unis misent sur les stablecoins privés comme vecteur d’hégémonie monétaire numérique, en opposition directe aux projets de yuan numérique promus par Pékin ou aux initiatives de dédollarisation portées par les BRICS.
Ce que cela signifie concrètement pour le marché crypto
Pour les acteurs du marché, le signal envoyé par un gouverneur de la Fed est loin d’être anodin. Une validation institutionnelle de ce calibre renforce la légitimité des stablecoins adossés au dollar — et pourrait accélérer leur adoption dans les marchés émergents d’Asie du Sud-Est, d’Amérique latine et d’Afrique subsaharienne, où la volatilité des monnaies locales pousse déjà des millions d’utilisateurs vers l’USDT.
Sur le plan réglementaire, cette prise de position de Waller réduit également la probabilité d’une interdiction ou d’une restriction sévère des stablecoins aux États-Unis à court terme. Elle positionne au contraire ces instruments comme des alliés de la politique étrangère américaine, ce qui leur confère une protection politique implicite.
Reste une question ouverte : dans quelle mesure cette stratégie peut-elle fonctionner sans un cadre de supervision robuste ? Les risques de désancrage, de faillite d’émetteur ou de manipulation des réserves — comme l’a montré la crise de l’UST en 2022 — rappellent que la puissance de projection du dollar numérique dépend avant tout de la confiance dans les émetteurs privés qui le portent.
AVIS DE NON RESPONSABILITÉ
Cet article est publié à titre indicatif et ne doit pas être considéré comme un conseil en investissement. Certains des partenaires présentés sur ce site peuvent ne pas être régulés dans votre pays. Il est de votre responsabilité de vérifier la conformité de ces services avec les régulations locales avant de les utiliser.