Zcash tracé par Arkham : La confidentialité est-elle en danger ?
Le 21 mai 2026, Arkham Intelligence a publié une recherche qui a ébranlé la communauté des privacy coins : la firme affirme avoir labellisé plus de la moitié de toute l'activité transactionnelle de Zcash, attribuant 420 milliards de dollars de volume à des individus et institutions connus. Pour un réseau explicitement conçu pour rendre les transactions financières invisibles, le choc est brutal. Mais la réalité technique est plus nuancée — et plus révélatrice — que le titre ne le suggère.
La firme spécialisée en intelligence blockchain a publié une analyse exhaustive du réseau Zcash, exploitant les outils de clustering d’adresses et les données issues des exchanges centralisés. Le bilan est implacable pour l’image du projet.
How to Track ZCash Transactions
Zcash is a privacy-focused cryptocurrency built on Bitcoin’s codebase, using zk-SNARKs to hide transaction data on-chain.
Our research team wrote a guide on how Zcash works, why most ZEC activity is still traceable, and how to track it with… pic.twitter.com/87kLo2I0mC
En effet, Arkham a réussi à labelliser 53 % de toutes les transactions Zcash, 48 % des entrées et sorties du réseau, et 37 % des soldes on-chain — soit environ 2,5 milliards de dollars identifiés parmi les détenteurs actuels. Ces chiffres, qualifiés par Arkham eux-mêmes de « remarquables pour une chaîne explicitement conçue pour masquer les données transactionnelles », représentent une démonstration publique et inédite d’une réalité que beaucoup pressentaient sans oser la formuler : pour la majorité des utilisateurs, Zcash ne protège pas vraiment.
La nuance fondamentale qu’Arkham prend soin de souligner : la cryptographie sous-jacente de Zcash — les zk–SNARKs — n’a pas été cassée. Elle reste mathématiquement solide. Le problème est d’une tout autre nature, et c’est précisément ce qui rend les conclusions plus dangereuses sur le long terme.
Comprendre le double visage de Zcash : t-adresses vs z-adresses
Pour saisir pourquoi Arkham a pu accomplir cela, il faut comprendre l’architecture duale du réseau. Zcash distingue deux types d’adresses fondamentalement différents, générant quatre types de transactions possibles.
Les adresses transparentes (t-adresses) fonctionnent exactement comme des adresses Bitcoin : l’expéditeur, le destinataire et le montant sont entièrement visibles sur la blockchain, sans aucune couche de confidentialité. Les adresses protégées (z-adresses) placent les fonds dans un pool chiffré où les zk-SNARKs permettent de vérifier la validité d’une transaction sans révéler son contenu.
De l’interaction entre ces deux types d’adresses naissent quatre configurations. Les transactions t→t sont totalement transparentes, identiques à Bitcoin. Les transactions t→z rendent visible le montant entrant dans le pool protégé, mais cachent le destinataire. Les transactions z→t rendent visible le destinataire et le montant, mais masquent l’origine. Seules les transactions z→z sont totalement privées. Et Arkham confirme que ces dernières restent opaques, étiquetées simplement « SHIELDED » sur sa plateforme, sans possibilité d’attribution.
Encrypted ≠ anonymous.
Zcash’s optional privacy and heavy t<->z use leak flows, unique amounts/timing and miner/founder patterns crush effective anonymity. Without Tor/mixnets you’re exposed, hop to a bridge/CEX and the trail lights up again. https://t.co/zAvtcE1luA
Le problème est que la majorité du volume réel passe par des t-adresses. Les exchanges, custodians et institutions privilégient systématiquement les adresses transparentes pour des raisons de conformité réglementaire — KYC et AML en tête. Les points d’entrée et de sortie du pool protégé deviennent alors des vecteurs d’analyse évidents : même si l’intérieur du pool est opaque, les frontières ne le sont pas.
Des cas concrets qui illustrent le problème
Arkham a documenté des exemples qui parlent d’eux-mêmes. Le plus symbolique : le gouvernement américain détient un wallet Zcash sur la plateforme d’Arkham, contenant des ZEC saisis sur Alexandre Cazes, fondateur d’AlphaBay qui était l’une des places de marché les plus actives du darknet. Ce wallet est visible en temps réel. L’État le plus actif en matière de surveillance financière mondiale détient, identifie et suit en temps réel un “privacy coin” dont la promesse était l’invisibilité.
Autre cas documenté : un trader a acheté pour 4,49 millions de dollars de ZEC lors d’un crash de marché, transféré ses fonds vers Gemini cinq semaines plus tard après une plus-value de 6,6 millions de dollars. L’intégralité de l’historique est traçable sur Arkham via les adresses transparentes impliquées dans l’opération.
Ces exemples illustrent la même réalité : la confidentialité de Zcash n’est pas une garantie par défaut, c’est un choix actif. Et la réalité est que la quasi-totalité des utilisateurs ne fait pas cet effort de recherche. Beaucoup achètent du Zcash sur exchange centralisé pour le narratif de la confidentialité. Ce qui n’a aucun sens dans la mesure où le token ZEC est traçable lorsque l’on achète du ZEC sur un CEX.
C’est là la leçon fondamentale de la recherche d’Arkham, formulée dans leur propre conclusion : « comment vous utilisez Zcash détermine à quel point vous êtes vraiment privé. »
Le pool protégé représente aujourd’hui environ 20 à 30 % de l’offre en circulation, en légère hausse grâce à des wallets comme Zodl qui activent le shielded par défaut. En effet, la progression depuis 2024 est à souligner.
Ce que Zcash doit résoudre
Les enjeux sont clairs. Sur le plan technique, la priorité est d’augmenter massivement l’adoption des transactions z→z en les rendant par défaut pour tous les utilisateurs — comme Monero l’a imposé dès sa conception. Les Unified Addresses représentent un progrès dans cette direction, facilitant l’utilisation des adresses protégées sans friction supplémentaire pour l’utilisateur.
Sur le plan de l’anonymat, l’enjeu est de masse : plus le pourcentage de transactions purement shielded augmente, plus chaque transaction individuelle disparaît dans la foule. À 20-30 % de pool protégé, l‘anonymat set reste trop limité pour offrir une protection sérieuse contre des adversaires sophistiqués comme les firmes d’intelligence blockchain.
La question de fond que pose la recherche d’Arkham dépasse Zcash. Elle interroge la viabilité même du modèle de confidentialité optionnelle dans un écosystème où les obligations réglementaires poussent systématiquement vers la transparence. Un réseau où la privacy est un choix que la majorité des acteurs n’exerce pas n’est, en pratique, pas un réseau confidentiel.
Je suis un analyste spécialisé dans les blockchains L1 et leurs fondamentaux comme Bitcoin, Kaspa, Monero, Chainlink ou encore Solana. Je suis également formé au trading et à l’analyse technique depuis plus d’un an sur le marché des cryptomonnaies, mais également sur le forex et les métaux précieux comme l’or ou le silver.
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J’ai notamment écrit de nombreuses masterclass pour éduquer les nouveaux venus dans l'industrie et plus de 10 000 articles et news.J’ai également pu interviewer de nombreux fondateurs et créateurs de projets dans la crypto comme Marc Lebreton (chef marketing de la blockchain SUI), EJ Ayala (Coinbase US et Draftkings), et d’autres projets comme Polyhedra (Eric Vreeland), Usual (Adli Takkal Bataille), ou encore Humanity Protocol (Jade Gu).
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