La sénatrice républicaine Cynthia Lummis monte au créneau. Pour elle, le sort du CLARITY Act dépasse largement le cadre d’un simple débat réglementaire américain : c’est une question de leadership financier mondial.
Si le Congrès tarde à adopter ce texte encadrant les actifs numériques, Lummis estime que la Chine s’engouffrera dans la brèche et imposera ses propres standards à l’ensemble de l’écosystème crypto international.
Un avertissement qui tombe à un moment charnière, alors que le texte a déjà franchi une première étape décisive au Sénat.
Le CLARITY Act, un texte stratégique bien au-delà de la réglementation crypto
Le CLARITY Act (Crypto Legislative Advancement and Regulatory Innovation for Tomorrow’s Years) vise à établir un cadre juridique clair pour les actifs numériques aux États-Unis, en définissant notamment les frontières entre valeurs mobilières et matières premières dans l’univers crypto. En mai 2025, le Senate Banking Committee a voté en faveur de son avancement — une étape significative, mais le texte doit encore être adopté par les deux chambres du Congrès avant d’atterrir sur le bureau du président.
Cynthia Lummis, l’une des voix les plus influentes du Sénat sur les questions crypto, ne mâche pas ses mots : sans ce cadre législatif, les États-Unis abandonnent de facto le terrain aux puissances concurrentes. Elle pointe directement la Chine, qui développe activement son yuan numérique (e-CNY) et consolide son influence sur les infrastructures financières numériques à l’échelle mondiale.
L’enjeu n’est pas seulement technologique. Il est géopolitique. Celui qui définit les standards réglementaires de la finance décentralisée impose sa vision du système monétaire de demain — et attire les capitaux, les talents et les entreprises qui vont avec.
Pourquoi l’inaction du Congrès américain est un signal dangereux pour l’industrie
L’absence de cadre réglementaire clair aux États-Unis a déjà eu des conséquences concrètes : plusieurs projets crypto majeurs ont choisi de s’établir à Dubaï, à Singapour ou en Europe plutôt que d’affronter l’incertitude juridique américaine. La SEC et la CFTC se disputent toujours les compétences sur de nombreux actifs, créant un flou qui freine l’innovation domestique.
Le CLARITY Act entend justement trancher ce débat en établissant des critères précis pour distinguer un actif numérique relevant de la SEC (security) de celui relevant de la CFTC (commodity). Une clarification que l’industrie réclame depuis des années et qui conditionne directement la capacité des entreprises américaines à lever des fonds, lancer des produits et opérer en conformité.
Lummis insiste sur l’urgence : chaque mois de retard est un mois pendant lequel d’autres juridictions — et notamment Pékin — avancent leurs pions. La Chine n’a pas attendu un consensus démocratique pour déployer son infrastructure de monnaie numérique de banque centrale (CBDC) : elle l’a imposée, testée et exportée. Face à cette approche top-down, la réponse américaine doit être législative, rapide et structurée.
Un rapport de force mondial qui se joue maintenant
L’argument de Lummis s’inscrit dans une tendance de fond : la bataille pour la souveraineté financière numérique est déjà engagée. L’Union européenne a pris de l’avance avec le règlement MiCA (Markets in Crypto-Assets), entré en vigueur fin 2024, qui offre désormais un cadre harmonisé à 27 pays. Les États-Unis, eux, restent fragmentés entre plusieurs régulateurs aux approches parfois contradictoires.
Si le CLARITY Act aboutit, il positionnerait les États-Unis comme la référence réglementaire mondiale pour les actifs numériques — un rôle qu’ils occupent historiquement dans la finance traditionnelle via la SEC et le dollar. Si le texte échoue ou s’enlise, ce vide sera comblé. Et selon Lummis, c’est la Chine qui sera la mieux placée pour le faire.
Le vote final au Congrès reste incertain. Mais le message de la sénatrice du Wyoming est clair : l’hésitation réglementaire a un coût géopolitique que les États-Unis ne peuvent pas se permettre de payer.
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